Lorsque Tiplouf a été pris en charge à l'hopital de jour, nous avons rencontré le chef de service à plusieurs reprises. Il m'a posé beaucoup de questions sur Tiplouf et moi.
Le psychiatre cherchait visiblement à engranger des données pour ses travaux.
Ces consultations m'ont ramenée à mon enfance et la façon dont je vivais. J'ai assez rapidement fait le lien entre mon comportement et celui de Tiplouf. Je vivais également dans ma bulle. J'étais perfectionniste au point de tout vivre sous forme d'angoisses insoutenables. Je me souviens avoir angoissé pendant des semaines à m'en rendre malade parce que j'avais débordé en coloriant une carte de géographie.
Je fuyais tout contact. Je restais toujours seule dans la cours d'école. J'avais beaucoup de facilité pour apprendre. J'avais 2 ans d'avance en maths. J'étais par contre très lente pour les travaux manuels, perfectionnisme oblige.
Petite, je passais mon temps à sucer mon pouce. Je me souviens de voyages fantastiques au dessus des nuages comme si j'avais la faculté de voler. La différence c'est que j'étais parfaitement éveillée et consciente. J'évoluais dans un monde parallèle. je voyais les gens autour de moi s'agiter mais je ne faisais pas partie de leur monde. On me reprochait beaucoup ces absences permanentes.
Ma maitresse de CP m'a envoyée passer des tests avec la psychologue scolaire à deux reprises. J'ai fais tous les tests avec célérité et de façon apparemment adaptée. Il y avait un problème mais à l'époque les psy ne couraient pas les rues, surtout en zone rurale et puis ce n'était pas très bien vu.
J'ai donc continué ma vie avec mes angoisses qui me généraient des problèmes digestifs. Je passais de longs moments tordue de douleur sur mon lit après les repas. Ma mère disait que j'étais fragile depuis une gastro en bas age qui avait failli me couter la vie. Donc on me laissait me tordre sur mon lit puisqu'on avait trouvé l'explication qui rassurait tout le monde.
Personne n'a jamais rien su de ma vie intérieure. J'étais terrifiée par tout changement d'environnement ou de programme. J'ai toujours eu besoin de choses cadrées, préparées longuement à l'avance pour lesquelles le moindre détail a été examiné. Je ne supporte pas l'imprévu. Je crois que je peux parler au présent de tout ça. Je suis encore, à près de 40 ans, très handicapée par ces "traits de caractères". L'idée de voyager m'angoisse terriblement. J'ai beaucoup de mal a avoir l'ambition professionnelle en phase avec mon potentiel réel. Je reste perfectionniste à l'excès.
Tiplouf a les mêmes traits de caractères que moi mais à la puissance 2. Il y a quelques années c'était à la puissance 10. Les psy appellent ça des traits autistiques.
Parfois j'entends : "ça ne se voit pas qu'il est autiste". Je pense intérieurement ceci " il n'y a pas de frontière précise". Je me considère autiste comme mon fils mais à un degré différent. Comme lui, j'ai progressé et me suis socialisée. J'ai perdu ce faisant un partie de ma réactivité intellectuelle. Je reste quelqu'un d'atypique. J'ai souvent l'impression d'évoluer au milieu d'individus primaires tellement ma vie intérieure semble riche et complexe par rapport à la leur.
Je comprends ce que Tiplouf ressent et vit....
La psychothérapeute me répète souvent que j'ai joué un rôle important dans sa progression impressionnante. Avec le recul je me dis que j'ai cheminé avec lui de façon aussi efficace parce que j'étais en terrain connu.
COMPRENDRE......c'est la clé.