Tiplouf est né.... une adorable petite crevette de 2.7kg. Il était mince car il avait la taille d'un bébé standard. Il est né finalement avec 3 semaines d'avance sur le terme théorique. Il avait du poil sur le dos comme beaucoup de préma.
Je l'ai tout de suite "reconnu" comme si je l'avais toujours connu. Il faut dire que je lui parlais très souvent et je l'aimais déjà très fort quand il était dans mon ventre. Il a bougé très tôt.
L'accouchement ne s'est pas passé au mieux. J'ai eu droit à une étudiante inexpérimentée pendant le travail pour voir arriver la responsable en trombe et lancer "bon ! il ne va pas falloir qu'on traine maintenant......" rassurant au possible !!!.
J'étais déjà épuisée avant de pousser. Je n'étais toujours pas remise de mon hospitalisation.
Tiplouf déjà aimait les petits matins...il est né à 5h. il n'a pas crié. Il était bleu. J'ai à peine eu le temps de le voir sortir qu'ils le plaçaient sous oxygène.
J'avais tout donné pour garder Tiplouf dans mon ventre. Je ne pouvais accepter qu'il meurt maintenant.
Après plusieurs minutes qui m'ont paru des heures il a enfin crié. Ils l'ont laissé sous les lampes IR, prélevé son sang pour vérifier son état de souffrance....
Enfin j'ai pu le prendre dans mes bras. Je l'ai trouvé beau car très gracile et délicat. Sa peau étaient d'une douceur inouie.
Je lui ai donné le sein. Ca n'a pas marché tout de suite il était fatigué et inexpérimenté.
Je venais d'entrer dans la bulle de Tiplouf.
J'ai connu la grande aventure de l'allaitement avec des débuts incertains : les seins comme des obus qui font mal, les mamelons crevassés.....mais quelle plénitude de nourrir son enfant et quelle fierté aussi de constater qu'au moins j'étais capable d'être mère, moi qu'on avait toujours traitée d'incapable.
J'aime être mère. Je suis faite pour ça et je crois que Tiplouf l'a senti et compris. Nous avons développé une relation très profonde et très animale basée sur l'odorat et le toucher.
Ca explique en partie pourquoi je n'ai pas réalisé tout de suite que Tiplouf avait un problème de communication.
C'est la psychologue de la crèche qui a détecté sa maladie. Elle m'a orientée vers les services psychiatriques de l'hôpital. J'aurais pu comme certains parents me contenter de penser qu'il n'avait qu'un léger retard de langage. Par chance, j'ai toujours été très réceptive pour cette science qu'on aborde en philosophie au lycée.
Je ne laisse jamais rien au hasard. je me suis donc lancée dans le dédale de la prise en charge psychiatrique.
Je passe rapidement sur les 2 ans 1/2 antérieurs où Tiplouf a enchainé les problèmes de santé avec 4 opérations et des passages aux urgences répétés pour des gastroentérites qui dégénéraient et tout ça avec zéro aide du papa qui me laissait me lever la nuit, courir les hôpitaux seule, faire les courses, le ménage et me reprochait mon peu d'entrain pour les rapports sexuels. Je tiens également à préciser que je bosse à temps plein.
Nous avons donc eu une première consultation avec le chef de service. Je suis ressortie complètement ravagée. Je pensait qu'il allait se pencher essentiellement sur Tiplouf mais il s'est contenté de l'observer pendant qu'il entrouvrait "mon sac poubelle" c'est à dire toute la souffrance que j'avais accumulée pendant toute ma vie passée.
J'ai grandi entre ma soeur ainée décédée à l'age de 6 mois dont je connais la tombe sous toutes ses facettes, ma deuxième sœur qui n'a jamais accepté que je naisse, ma mère qui n'a jamais pu être mère à cause de cette disparition et mon père qui a fait un transfert sur ma soeur vivante jusqu'à la considérer inconsciemment comme intouchable et parfaite puisqu'enfant de remplacement.
Mon père encensait ma sœur et me dénigrait même lorsque je ne faisais rien.
Il me gratifiait de claques et fessées monumentales. la première a eu lieu alors que j'étais dans ma chaise haute. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'avais mon martinet personnel. J'étais régulièrement traitée de cloche et de porc pour un rien. Mes résultats scolaires étaient toujours excellents et bien meilleurs que ceux de ma sœur mais ce n'était jamais relevé. J'avais 2 ans d'avance en math mais personne n'en a fait de cas.
La spécialité de ma sœur était de venir dans ma chambre et relever tout ce qui à ses yeux montrait que j'étais une ratée. Elle s'arrangeait également pour me pousser à bout jusqu'à ce que je la frappe. la réaction de mon père était connue dans ces circonstances....
Ma mère laissait faire.
J'ai grandi dans un sentiment d'insécurité total. J'avais honte de moi et me sentais toujours sale.
Aujourd'hui j'ai toujours peur de ce qu'on va penser de moi et mon réflexe premier est de me soustraire au regard des gens comme pour m'excuser d'exister.
Il parait que je suis quelqu'un de formidable avec énormément de talents dixit l'homme de ma vie mais j'ai développé un perfectionnisme exacerbé pour survivre donc je ne parviens pas à partager cet avis.
J'ai développé beaucoup d'aptitudes pour acquérir l'indépendance qui me permettrait de survivre et donc d'être moins angoissée par ce sentiment de solitude.
Je n'ai longtemps compté que sur moi-même.
Ces aptitudes m'ont d'ailleurs rendue intéressante aux yeux du père de Tiplouf qui avait trouvé là l'occasion de sous-traiter toutes les difficultés de la vie.
Puis j'ai rencontré l'HOMME qui partage ma vie actuellement. Nous avons ce point commun de s'être fait exploiter pendant de années par une personne égocentrique et fainéante.
Il est mon AMI et mon HOMME. Il me comprend et me soutient. Il est d'une patience et d'une ouverture d'esprit incroyable avec moi. Je l'aime d'un amour extrêmement profond.
Il fait partie de moi. Nous avançons ensemble et nous guérissons ensemble. Je suis devenue une femme avec lui. Je sais maintenant ce qu'est l'Amour. L'amour qui élève et qui emporte...pas celui qui enferme. Je me sens libre maintenant. C'était inespéré pour moi de vivre avec lui. Il me pousse à me libérer davantage, à profiter de chaque moment...
VOILA, JE L'AIME !!!!!
J'écris aussi grâce à lui.....